De grandes œuvres signées Ch. Sohy
Nommer trois compositeurs classiques en jouant au jeu de société Tu te mets combien ?, c’est plutôt chose facile. Il ne faut pas une connaissance générale très poussée pour savoir nommer Mozart, Beethoven et Chopin. Transformez seulement le seul mot compositeur en compositrice et la tâche devient tout autre. Voilà le reflet d’une société où le génie féminin a trop longtemps été mis de côté.
Crédit photo : Mathieu Gosselin
Je vous l’apprends sûrement, Charlotte Sohy a été l’une de ces figures de la musique classique qui aurait aujourd’hui été qualifiée d’emblématique si ce n’était de sa seule lacune pour le temps : un entrejambe phallique.
Une histoire de famille
La jeune Parisienne a découvert la musique dès sa tendre enfance en grandissant dans un foyer où cet art résonnait en permanence. Sa mère, elle-même chanteuse et actrice, était sa plus grande supportrice. Charlotte a reçu un soutien incomparable de la part de ses parents, qui encourageait leur fille dans ses nombreux projets artistiques: écriture de roman et de théâtre, composition et chant. Un soutien bien rare pour cette époque, mais pas plus surprenant que le cadeau fait à leur fille : un orgue installé à même la maison familiale.
C’est à 18 ans que Sohy écrit sa première composition Berceuse Triste. Elle est aujourd’hui reconnue comme un témoignage de l’imagination de la jeune femme. L’histoire de la mélodie raconte la tendresse maternelle dans un monde cruel et détonnant de l’amour d’une mère pour son enfant. Une chanson à parole destinée à être chantée par une cantatrice.
S’en suivit une suite de compositions jugées magistrales par les oreilles professionnelles d’aujourd’hui. Alors que le plus grand souhait de Charlotte était d’être jouée, elle se devait de signer Ch. Sohy, ou encore changer son identité pour Charles Sohy.
Redonner vie à l’oubliée
« Alors qu’on a longtemps pensé que les compositrices n’existaient pas, on se rend compte aujourd’hui qu’elles ont toujours existé, mais sont toutes tombées dans les oubliettes ». C’est ce qu’explique la directrice du Centre de ressources et de promotion Présence Compositrices, Claire Bodin dans le documentaire Charlotte Sohy, la consécration d’une compositrice. Le rôle de son organisme est simple : rendre la grandeur qui leur appartient aux compositrices oubliées.
Alors qu’elle découvre la musique de Sohy, Claire décide de proposer à la cheffe d’orchestre française Deborah Waldman de jouer les œuvres de la compositrice et de leur rendre « la pareille à ce qu’elle nous a laissé ». La cheffe d’orchestre raconte avoir été elle-même prise par une hésitation face à la musique de la compositrice. « Je me disais : si ce n’est pas déjà assez connu, c’est que ce n’est pas assez bon pour être joué », se souvient-elle. Ce n’est qu’après avoir lu ses notes, qu’elle en tomba complètement amoureuse. De là est venu le projet de faire jouer la Symphonie de Charlotte Sohy par un orchestre. Même en 2017, ça n’a pas été facile de convaincre ces musiciens qui étaient peu ouverts à de nouvelles mélodies. C’est en 2019 que Waldman réussit enfin à digérer un orchestre jouant du Sohy. Une grande réussite pour elle : « j’espère qu’elle est heureuse, peu importe d’où elle est, de voir que nous la faisons renaitre. »
Citations tirées du documentaire Charlotte Sohy : la consécration d’une compositrice



